Commentaire d'un extrait de la préface des Premiers Principes métaphysiques de la science de la nature concernant les mathématiques comme critère de scientificité.
Cet extrait de la préface des Premiers principes métaphysiques de la science de la nature concerne les théories particulières de la nature, c'est-à-dire les théories qui s'occupent « de la nature particulière de telle ou telle espèce de chose dont est donné le concept empirique »#, d'un domaine précis de la nature en non en général.
Le problème que pose Kant est celui du critère de scientificité de ce type de théorie : comment une théorie particulière de la nature, qui porte sur un concept empirique particulier, peut-elle prétendre être une science proprement dite, c'est-à-dire traiter son objet selon des principes a priori et être apodictique# ? En effet, une théorie qui porte sur un concept empirique devrait voir sa certitude contingente, étant fonction de l'expérience (a posteriori), et de fait, devrait être appelée savoir ; alors qu'une science apodictique réclame la nécessité, c'est-à-dire l'a priori. L'enjeux est clair : fonder une science apodictique avec des concepts empiriques.
La thèse de Kant repose sur la mathématique# comme critère de scientificité : « je soutiens que dans toute théorie particulière de la nature, il n'y a de science proprement dite qu'autant qu'il s'y trouve de mathématique »#. Kant construit son argumentation en trois temps : posant sa thèse, il rappel que la partie empirique doit être fondée par une partie pure (lignes 1 à 8) ; que pour celle-ci la philosophie pure ne suffit pas et doit utiliser la mathématique (l.8 à 19) ; et bien qu'une philosophie pure de la nature en général n'exige pas de mathématique, une théorie pure de la nature particulière l'exige (l.19 à 30).
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Kant commence par poser sa thèse selon laquelle dans toute théorie particulière de la nature, il n'y a de science proprement dite qu'autant qu'il s'y trouve de mathématique (l.1 à 3). Puis, il rappel qu'une science proprement dite exige la fondation de la partie empirique sur la partie pure (l 3 à 8).
Kant affirme : « je soutiens que dans toute théorie particulière de la nature, il n'y a de science proprement dite qu'autant qu'il s'y trouve de mathématique », ce qui signifie plus précisément que dans toute théorie qui s'occupe d'une espèce d'objet dont est donné un concept empirique (les théories particulières de la nature), il n'y a de traitement de son objet selon des principes a priori (science proprement dite) qu'autant qu'il s'y trouve des connaissances fondées sur la construction des concepts présentant cet objet dans une intuition a priori (mathématique).
Un concept est une représentation de l'entendement, un concept empirique est donc une représentation de l'entendement tirant son origine de l'expérience, c'est-à-dire d'une intuition sensible a posteriori. Cette intuition d'origine contient une partie matérielle (le donné) et une partie formelle (l'espace et le temps). Le concept empirique est appelé ainsi parce qu'il provint d'une synthèse composé d'une intuition ayant en elle un donné sensible. La théorie particulière de la nature s'occupe donc d'un type d'expérience sensible particulière.
Kant ajoute que parmi les théories particulières de la nature, certaines sont sciences proprement dite. Une science proprement dit est une science qui traite son objet selon des principes a priori. Un principe est une création de l'entendement dans son exercice synthétique afin de régler avant l'expérience le déroulement de l'expérience. Étant conditions de l'expérience, les principes sont a priori - c'est-à-dire non donnés par l'expérience. Étant a priori, les principes donnent une certitude apodictique, nécessairement vrai. Parallèlement, dans la préface de la seconde édition de sa Critique de la Raison Pure, Kant explique que si les physiciens ont pu accéder à une science sur c'est parce qu'ils « comprirent que la raison ne voit que ce qu'elle produit elle-même d'après ses propres plans et qu'elle doit prendre les devants avec les principes qui déterminent ses jugements, suivant des lois immuables, qu'elle doit obliger la nature à répondre à ses questions et ne pas se laisser conduire pour ainsi dire en laisse par elle ». Celui qui produit une théorie particulière de la nature n'atteindra une certitude apodictique digne du nom de science que s'il construit les conditions de l'expérience empirique afin d'en recueillir les principes a priori qu'il a placé dans l'expérience. Kant affirme donc que parmi les théories particulières de la nature, qui font usage d'un concept empirique et par conséquent contingent, certaines sont des sciences proprement dites, elles utilisent des principes pour régler le déroulement de l'expérience menant aux concepts empiriques. Elle peuvent donc atteindre une certitude apodictique.
Cependant le caractère de science proprement dite des théories particulières de la nature est conditionnée à celles qui utilisent la mathématique. La mathématique est une connaissance fondée sur la construction des concepts en présentant l'objet dans une intuition a priori, c'est-à-dire dans la forme de l'intuition (l'espace et le temps). Kant parle donc des théories particulières dont la partie pure est fondé sur la construction du concept par la présentation de son objet dans une intuition a priori.
Il s'agit donc d'atteindre une certitude apodictique dans les théories particulières de la nature, qui concerne un concept empirique, en réglant l'expérience selon des principes a priori afin de recueillir dans l'expérience ce que la raison a placé. Cet appareil servant à régler l'expérience et à en recueillir les principes a priori utilisera la mathématique, la partie empirique étant l'expérience proprement dite.
Kant ajoute qu'une science qui traite de son objet selon des principes a priori exige une partie pure sur laquelle se fonde la partie empirique et qui repose sur la connaissance a priori, et donc possible, de la nature.
Il va de soi qu'une science qui traire de son objet selon des principes a priori possède une partie pure, puisque ce sont les principes a priori eux-mêmes qui l'a constituent. Cependant, il existe deux types (non exclusives) de partie pure# : il peut s'agir d'une philosophie pure (ou métaphysique) qui produit une pure connaissance rationnelle par simples concepts ; ou bien il s'agit d'une mathématique, connaissance fondée sur la construction des concepts en présentant l'objet dans une intuition a priori. Il faut donc déterminer de quel type doit être la partie pure d'une théorie particulière de la nature pour que celle-ci puisse être science proprement dite. La partie empirique se fondera sur elle, reposant sur la connaissance a priori des choses de la nature.
Déterminer quel type de partie pure doit constitué la théorie particulière de la nature demande un critère. La partie pure doit reposer sur une connaissance a priori des choses de la nature, et c'est justement là que Kant va trouver un critère, car dit-il : « connaître une chose a priori, signifie la connaître d'après sa simple possibilité. » En effet, l'a priori concerne les conditions de possibilité, c'est sa définition même, et par conséquent la connaissance de la simple possibilité devient un critère pour déterminer quel type de partie pure, métaphysique ou mathématique, doit être utilisée. La partie pure devra atteindre une connaissance a priori des choses la nature permettant de fonder une assise pour une théorie particulière de la nature ayant le statu de science proprement dite.
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Entre la philosophie pure (ou métaphysique) et la mathématique, la quelle est capable de connaître d'après sa simple possibilité une chose de la nature ? Kant soumet d'abord à l'examen la philosophie pure (l. 8 à 14), mais celle-ci est insuffisante ne permettant de connaître que la possibilité de la pensée. Puis Kant observe la mathématique, qui elle se révèle capable de connaître d'après la simple possibilité grâce à sa construction des concepts (l.14 à 19).
La philosophie pure est une pure connaissance rationnelle par simples concepts. Une connaissance par simples concepts peut-elle permettre la connaissance d'une chose d'après sa simple possibilité ? Les concepts sont des représentations de l'entendement, et par conséquent, concernent s'ils sont a priori que des choses de l'entendement. Une connaissance rationnelle par simple concepts implique une connaissance de ce qui est seulement dans l'entendement. La possibilité d'un objet selon son concept est donc uniquement logique. La logique étant la science des relations faisant abstraction de tout objet, l'entendement n'a affaire qu'à lui-même. Une philosophie pure peut donc, au mieux, offrir la possibilité de la pensée. La philosophie reste nécessaire dans la partie pure de la science, celle-ci permettant de fonder les concepts a priori, comme par exemple le concept de matière en général#. Mais elle n'offre qu'une simple possibilité de la pensée, et en cela, elle est insuffisante dans la partie pur. Pour atteindre la possibilité de l'objet lui-même hors de la pensée, il aurait fallu que l'entendement n'ait pas affaire qu'à lui-même.
La mathématique peut-elle mieux faire que la philosophie pure ? La mathématique diffère de la métaphysique pure par le fait qu'elle construit les concepts en présentant l'objet dans une intuition a priori. Bien que les deux soient des connaissances rationnelles pures, il n'y a pas d'intuition dans la philosophie pure, ni de construction de concepts. L'intuition offre une représentation sensible, l'intuition pure est donc une représentation sensible a priori, ce qui assure son caractère apodictique.
Il s'agit de connaître des choses naturelles déterminées, puis a priori, selon leur possibilité. Les choses naturelles a priori se présentent donc dans l'intuition a priori. La possibilité est connue selon les concepts. Le problème de la philosophie pure était que ces concepts ne se rapportaient qu'au choses de l'entendement, et donc aux possibilités de la pensée. Or, la partie pure d'une théorie particulière de la nature doit donner la possibilité de l'objet lui-même. Si celui-ci peut être présenté dans une intuition a priori, c'est un concept qui en donnera sa possibilité, l'intuition doit donc permettre la construction du concept afin de donner la possibilité d'une chose naturelle déterminée. La construction des concepts par la présentation des objets dans l'intuition a priori étant mathématique, c'est donc celle-ci qui permettra de connaître a priori la possibilité des choses déterminées de la nature.
La partie pure d'une théorie particulière de la nature nécessite donc une philosophie pure afin de fonder les concepts généraux que la science va manipuler, mais la philosophie pure ne peut parvenir à donner la possibilité des choses particulières déterminées. La partie pure doit donc être complémentée par la mathématique, qui par la construction de concept à partir d'intuition à priori, permet ce que la philosophie pure ne pouvait réaliser. C'est là la différence entre une philosophie pure de la nature en général et une théorie particulière de la nature.
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Une philosophie pure de la nature en général, sans objet déterminé, ne nécessite pas de mathématique, puisque c'est une connaissance rationnelle par simple concepts (l. 19 à 23) à la différence d'une théorie particulière de la nature (l. 23 à 30) ; le rôle de la mathématique étant justement de construire les concepts par l'intuition des choses de la nature.
Une philosophie pure de la nature en général est une pure connaissance rationnelle par simples concepts de la nature, sans qu'il s'agisse qu'un domaine particulier de la nature. Dans la science de la nature, elle est la partie transcendantale# de la métaphysique de la nature# n'ayant aucun rapport à un objet d'expérience déterminé, traitant des lois de la nature d'une manière générale. Sans objet déterminé, elle n'a donc aucune utilité d'une intuition a priori, elle ne se sert que de concepts. La mathématique n'est donc d'une utilité direct à une philosophie pure de la nature en général. Celle-ci ne se contente que d'analyser le concept de nature, ou encore de matière, en cela elle préexiste à la mathématique, car la mathématique demande la présentation des principes de la construction des concepts qui se rapportent d'une manière général à la possibilité définie par la philosophie pure de la nature en général. C'est le cas par exemple du concept de matière, qui sera ensuite utile pour la mathématique suivant les propriété définies de la matière. Kant peut donc tout à fait penser une philosophie pure de la nature en général qui soit exempté de mathématique.
Une théorie pure particulière de la nature, en revanche, concerne des choses déterminées de la nature, ce qui la différencie de la philosophie pure de la nature en général. Alors qu'une philosophie pure s'occupe de la nature en général, une théorie particulière de la nature s'occupe de choses précises et déterminées. Ses objets peuvent se diviser en deux catégories : les corps - c'est-à-dire la nature étendue - et l'esprit - la nature pensante. Le caractère apodictique de la science ne doit pas être compromis du fait de la présence de choses déterminées. Il n'y a de science proprement dite que si ce caractère apodictique est présent, c'est-à-dire que si la connaissance est a priori. La mathématique, du fait qu'elle puisse présenter les choses dans une intuition a priori construisant ainsi les concepts, peut revendiquer cette qualité. Ce n'est donc que par la mathématique qu'une théorie particulière de la nature est une science proprement dite. Ainsi, la chimie et la psychologie n’ayant recours à la mathématique ne peuvent être dite science proprement dite.
C'est donc le fait même qu'il y ait présence ou non de choses de la nature déterminés qui donne la nécessité de la présence de la mathématique afin de sauvegarder le caractère apodictique d'une théorie. La mathématique présentant la chose dans une intuition a priori permet la construction des concepts, sans rendre la science contingente, c'est-à-dire un savoir n'offrant qu'une certitude empirique.
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Kant cherchait le critère de certitude apodictique, qui rende science proprement dite une théorie particulière de la nature. Ce critère, il l'a trouvé dans la mathématique. Afin de garder son caractère a priori, la partie pure d'une théorie particulière de la nature se devait de concevoir la possibilité de la chose elle-même a priori, et cela, seule la mathématique en est capable par sa connaissance fondée sur la construction des concepts en présentant l'objet dans une intuition a priori. Ce qui fait cette nécessité de l'usage de la mathématique, c'est la présence même d'objets déterminés de la nature que la théorie doit étudier. La mathématique parvient à articuler convenablement la partie pure et la partie empirique, sauvegardant le caractère apodictique.
Ayant maintenant son critère, Kant peut déterminer ce qui est ou non science proprement dite parmi les théories particulières de la nature, notamment au sujet de la chimie et de la psychologie.
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L'orgueil c'est se faire sujet devant Dieu, serviteur plutot qu'esclave. C'est dire "Je" devant l'Unique et l'Absolu Être.
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